Le Nouveau Cancérologue Vol. 3, N° 1 – Mars. 2010

//Le Nouveau Cancérologue Vol. 3, N° 1 – Mars. 2010

Le Nouveau Cancérologue Vol. 3, N° 1 – Mars. 2010

La chimiothérapie préoccupe l’esprit des oncologues de toutes spécialités depuis quelques mois. Il y a d’abord eu la question d’une ouverture plus large en termes de spécialistes habilités à prescrire les chimiothérapies. Ce projet de texte était très controversé dans la mesure où il allait très au-delà d’une simple et logique reconnaissance des quelques spécialistes qui n’avaient pas pu, pour des raisons objectives, se voir reconnaître leur compétence. À ce jour, le texte n’est pas sorti. Pour autant, il n’y pas d’information officielle sur son devenir. Mais beaucoup y voient la tentation de régler les questions démographiques par une ouverture large à d’autres métiers, c’est-à-dire, en fait, la porte ouverte à une certaine déqualification, au moment même où l’oncologie médicale devient de plus en plus qualifiée. Puis il y a eu les tentatives de gestion par liste en lieu et place
des autorisations, avec les affaires du Yondelis® et de l’anatomopathologie. C’est une régression car une procédure d’autorisation, officielle, transparente et contrôlée sera toujours préférable à un système de cooptation bureaucratique. Vient maintenant la question de la tarification. La France était, depuis quelques années et grâce aux Plans Cancer, un pays heureux. Toutes les molécules innovantes et onéreuses étaient payées “en sus” des forfaits T2A. Il n’y avait donc pas de problème d’accessibilité pour les patients. L’État, étant persuadé que la gestion des Établissements n’était pas optimale du point de vue de leur fonction achat, a instauré un système dit des EMI (écart moyen indemnisable). Il s’agit d’un système d’intéressement qui fait que si l’établissement achète moins cher que le “tarif de responsabilité”, la différence est partagée moitié-moitié entre la Sécurité Sociale et lui. Lorsqu’un médicament approche de la fin de sa période de protection, ces EMI gonflent naturellement. Le piège se tend. Cette année est particulièrement significative puisque 5 molécules d’usage courant sortent de la liste. Leur prix d’achat a considérablement baissé. On peut discuter du prix d’achat moyen retenu par le Ministère pour être réinjecté dans les GHS concernés. Ces prix sont différents dans le “public” et dans le “privé”. Mais personne ne conteste le principe de leur réintégration dans les GHS. Ces médicaments ne répondent plus aux critères de la liste en sus. Alors, d’où vient le problème ? Du fait, qu’une fois de plus, le système d’intéressement mis en place par l’État se retourne contre les professionnels. Derrière cet “intéressement” il y a surtout une astuce pour faire financer les dépenses de santé par d’autres (ici les laboratoires ; dans le cas des dépassements d’honoraires, les mutuelles…). Là est le piège. L’État fait comme si ces ressources “EMI” n’étaient pas des ressources finançant le soin. La molécule sort de la liste en sus, l’EMI tombe. Sauf qu’il fait partie des ressources de l’établissement.
Ce n’est pas rien, l’opération de cette année représente quelque 100 millions d’euros, soit près de 15 à 20 % du tarif ! En plus de cela, la comptabilité analytique s’en mêle. Comme les “convertis” de la comptabilité analytique revenant des États-
Unis dans les années cinquante, après l’avoir découverte lors des “voyages de productivité” que leur avait offert le Plan Marshall, nous y croyons comme à la Vérité incarnée. Nous oublions que ce très bel outil de gestion n’est que conventionnel. Il paraît que les GHS de chimiothérapie, en particulier en séances, sont trop payés. Les professionnels savent, eux, que les normes montent, que les qualifications requises montent elles aussi (les effectifs de pharmaciens en sont une des preuves), les salles blanches se multiplient, et c’est une bonne chose, mais il faut bien les payer, les inspections sont de plus exigeantes… De plus, les soins de support sont maintenant, et très heureusement, reconnus comme un droit des patients, une obligation pour l’établissement. Certains de ces soins de support sont pris en charge par des MIGAC, les réseaux, des fonds charitables etc. Le désordre règne ici autant que la vulnérabilité. Les Établissements sont nombreux à faire un effort de financement important en la matière. La question est donc de savoir où affecter ces dépenses ? Il n’y a pas de GHM/GHS dévolus. En chirurgie ? Très difficilement, il n’y a pas de GHS spécifiquement cancérologique. En radiothérapie ? Difficile aussi. Dans le privé en particulier, les personnes morales ne sont pas les mêmes… Il est donc naturel de les affecter à la chimiothérapie, c’est-à-dire à la fonction “oncologie médicale”. Mais les conventions de la comptabilité analytique officielle – l’ENCC, étude nationale de coûts à méthodologie commune – sont très loin de tout ça. La tentation est forte de croire, comme à la CNAM, que l’oncologie médicale se réduit à un acte infirmier d’injection… Contre toute logique, les prix versés aux établissements apparaissent donc comme trop élevés et il faut les baisser ! Nous le répétons souvent. Il est temps, en France aussi, de se pencher sérieusement sur l’organisation, le devenir, la régulation de l’oncologie médicale. Comme le soulignait l’appel des oncologues au Président de la République, en Mai dernier, « il y a une vraie contradiction, à traduire dans les faits une priorité d’accès aux médicaments innovants et souvent très coûteux en cancérologie et à délaisser le métier [et les établissements…] qui est censé les prescrire et en assurer le bon emploi auprès des patients comme auprès du pays ». Nous sommes heureux d’accueillir ici le tout nouveau “Conseil National de Cancérologie”. Dans ce contexte difficile, sa création est un signe d’espoir.

G. Parmentier, Secrétaire National UNHPC,
F. Bürki, Président SFOM,
B. Couderc, Président UNHPC,
H. Curé, Président FFOM

 

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By | 2018-07-19T11:16:27+00:00 mars 19th, 2010|Categories: publications|0 Comments

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